Le taxi nous ramène à deux heures passées. Le sommeil ne se fait pas trop attendre, mais pas pour bien longtemps. Et impossible de retrouver le sommeil une fois réveillée. Non que je parvienne à être utile à grand'chose. Essaie de laisser la douche me laver de la douleur, ne fais que masquer les sanglots.
Dès 9h, contacter les copains qui pourraient reprendre le boulot sur lequel il travaillait cette nuit. Injoignables. Messages partout. Finis par appeler la cliente, ne veux pas ne peux pas lui dire ce qui lui est arrivé, mais ne veux pas que StudMuffin plante un de ses clients. Je sais à quel point ça compte pour lui. Essaie de déchiffrer ses notes. Illisible. Déchiffrer le travail déjà fait sur l'ordi. J'y comprends rien. La cliente insiste pour avoir quelque chose avant midi. Réussis à ne pas lui dire que c'est juste après avoir raccroché d'avec elle que l'artère a pété dans le cerveau de mon mec. Réussis à lui dire que je vais trouver une solution. Moi non plus je n'arrive pas à faire un pdf correct du doc xpress... les accents sautent... bon, tant pis, après tout je lui ai bien dit que je ne suis pas graphiste... une vraie bidouille indigne, un jpg. C'est moche mais ça marche, c'est parti.
Enfin, les potes appellent. Ils reprennent le boulot. OUF.
Appelle Paul, le copain avec qui on devait dîner, et lui explique pourquoi on n'est pas venus. Il avait bien trouvé StudMuffin bizarre au téléphone mais ils ne s'étaient pas vus depuis 30 ans... Il me propose de me retrouver à l'hôpital.
Les enfants se font discrets, ils jouent aux playmobils. On avait emmené plein de médecins, d'infirmières, de pansements, une table d'opération... ça tombe bien. Parfait, ils font tout seuls leur thérapie par playmobil.
C'est à 16h qu'on peut voir le médecin pour avoir des nouvelles. Je prévois d'y aller en partie à pied, histoire de visiter Rome... mais je reste engluée... à ressasser ce que j'aurais pu faire différemment, plus vite, autrement. Est-ce que je l'ai tué ? Est-ce qu'on aurait pu aller plus vite à l'hôpital ? Est-ce qu'on aurait dû attendre l'ambulance, elle nous aurait peut être emmené directement à San Giovanni ? A-t-on perdu des minutes précieuses qui feraient la différence entre la vie et la mort ou des dommages irréversibles ? Je me construis à force de 'SI's, une chappe de récriminations, de doutes et d'angoisse.
On arrive en bus, un peu après 16h. Faut tout traverser... c'est loin. Paul s'inquiète. On se retrouve, il me présente sa femme. Je ne retrouve plus mon chemin dans l'hôpital : là où je suis ressortie à 2h du mat c'est barré par des pierres ! ?
Le médecin m'explique que les prochains jours seront cruciaux. Pas de changement pour le pire. StudMuffin est toujours sous sédation, intubé et ventilé mécaniquement. Lorsque je lui rends visite il est immobile, sans réponse. Je reste longtemps à ses côtés. Comme un chien qui fait son nid je tourne autour du lit. Je regarde tout : un tuyau lui sort du crâne, un autre sous la clavicule, il a une sonde urinaire, un tube dans la gorge pour respirer, un tube qui descend par le nez pour le nourrir, un autre enfin dans l'aine. Je lui manipule la main droite. C'est le côté affecté par l'hémorragie. Peut être que de stimuler les nerfs de la main enverra des messages au cerveau ? Cette première journée passe mais me passe au-dessus. Je suis dans un petit trou bien sombre.
mercredi 20 août 2008
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